Fuite d’iode 131 : Le nucléaire rend flou

Le 11 novembre dernier, une information traverse furtivement le flot d’actualités : de l’iode 131 a été détecté « ces derniers jours » dans l’air d’Europe centrale. L’alerte a été donnée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). D’où vient cette fuite ? Est-ce dangereux ? L’agence n’a que peu de détails à communiquer. Mais on nous rassure tout de même : les risques liés à l’inhalation de cette substance radioactive sont faibles, voire négligeables.

Finalement, il faut attendre le 17 novembre pour que l’on connaisse l’origine de la contamination : l’autorité à l’énergie atomique hongroise reconnaît que les rejets d’iode 131 viennent « probablement » de l’institut de production de radio-isotope de Budapest, une unité de fabrication d’atomes destinés à l’industrie. Et nous apprennent que ces rejets ont commencé le 8  septembre : au total 324 GBq se sont échappés, une valeur très élevée. Pis : de janvier à mai  2011, cette installation a déjà rejeté dans l’atmosphère des substances radioactives suffisamment préoccupantes pour justifier son arrêt jusqu’à la fin août.

Pour autant, pas de quoi émouvoir les autorités nucléaires, qu’elles soient internationales ou françaises. Seule la Commission de recherches et d’informations indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) s’inquiète et dénonce le flou des informations données : on ne connaît pas les niveaux des autres substances radioactives (l’iode 131 est extrait de matériaux irradiés par un réacteur nucléaire qui jouxte l’institut des isotopes). Et l’organisme indépendant de souligner les nombreux dysfonctionnements : les niveaux de rejets autorisés sont très élevés, ils semblent très mal maîtrisés, sans parler du manque de protection des populations locales.

Cet événement est symptomatique du manque d’information qui prévaut en cas d’accident d’origine nucléaire et cela quel que soit le niveau de gravité. Les différents instituts semblent se renvoyer la balle quand ils ne choisissent pas la désinformation. Il est pourtant de leur responsabilité d’indiquer les mesures de protection minimales à prendre. Dans le cas hongrois, les doses d’iode 131 subies par ingestion dans les jours suivants le rejet dans l’atmosphère peuvent être plus élevées que celle liés à l’inhalation. Prévenue, la population locale aurait pu éviter ou diminuer la contamination. Mais silence radio. En cette période de campagne électorale où le nucléaire fait débat, il faut y ajouter la nécessité d’une information transparente. D’autant plus que l’industrie nucléaire se transforme en « Grande Muette ».