Maladie d’Alzheimer : la stimulation sensorielle comme thérapie

Les intonations de la voix traduisent votre ressenti

De même, à défaut de comprendre les mots, le malade est sensible aux intonations de la voix, qui sont chargées de sens (douceur, irritation, etc.). Attention à ne pas interpréter l’absence de réaction émotive comme une incapacité à ressentir ou à comprendre. « La personne atteinte de la maladie d’Alzheimer dissimule bien souvent une profonde détresse. Il ne faut jamais présumer qu’elle n’éprouve plus de sentiment, sa compréhension est sur le mode intuitif. Elle sent incontestablement les choses, de façon très pertinente. C’est pourquoi il ne faut jamais dire devant elle ce qu’on ne voudrait pas qu’elle entende », précise Karyne Duquenoy Psychala.

Basé sur une simple logique d’humanisme, le soin relationnel englobe l’ensemble des attitudes, des actes et des paroles capables de faire « renaître le patient et vivre l’espérance ».

 

Les dégâts liés au manque de stimulation

Les personnes âgées démentes connaissent globalement une réduction des stimuli sensoriels.

D’une part, leur acuité sensorielle est généralement atteinte : bien souvent, avec l’âge, la vue et l’audition diminuent ; de plus, « le vieillissement physiologique du goût et de l’odorat est l’un des signes les plus précoces de la maladie d’Alzheimer », signale Jocelyne de Rotrou, neuropsychologue.

D’autre part, elles vivent souvent dans un environnement monotone.

Enfin, nombre d’entre elles vivent volontairement en retrait et rejettent des stimulations qu’elles perçoivent comme agressives : radio ou télévision constamment allumée, réunions bruyantes… Or, chez ces personnes, le manque de stimulation provoque souvent une aggravation de la confusion, de l’errance nocturne et de divers troubles du comportement. « Il y a eu énormément de travaux sur l’hospitalisme et la privation de stimulation d’un environnement normal. La déprivation sensorielle provoque assurément des dégâts », atteste Jocelyne de Rotrou.

 

Valoriser les capacités préservées

Pour pallier cette déprivation, certains centres et établissements qui prennent en charge les patients atteints d’Alzheimer proposent désormais une variété de stimulations sensorielles : musique, couleurs, lumières, arômes, massages, balnéothérapie, ateliers cuisine… Avec pour objectif de réduire le stress, l’angoisse et les troubles du comportement des patients, et d’améliorer leur confort et leur qualité de vie. L’une des particularités de cette forme de stimulation est qu’elle valorise les capacités préservées – ce qui favorise l’estime de soi – relativisant la quête de résultats pour privilégier la qualité de l’accompagnement.

 

Des résultats significatifs

Les effets de ces stimulations sur les patients âgés déments ont été évalués par des équipes de chercheurs australiens, anglais, hollandais, américains, français… Dans la plupart des études, les résultats montrent une tendance à l’amélioration de l’humeur, une diminution de l’anxiété et de l’agitation, et un niveau de vigilance accru. La Société Alzheimer du Canada va plus loin. Se basant sur les « nombreuses recherches effectuées auprès des animaux » en matière de bourgeonnement neuronal (le bourgeonnement neuronal des cellules survivantes étant une caractéristique essentielle de la réparation d’un système nerveux malade ou détérioré), elle estime que plus les personnes atteintes d’Alzheimer ont de stimulations sensorielles et sociales, plus les cellules cérébrales saines « bourgeonnent » et rétablissent les anciennes connexions avec les autres cellules nerveuses. Dans son rapport, le directeur scientifique de la société précise cependant qu’à l’heure actuelle cette théorie n’est pas prouvée pour les êtres humains ; qu’en outre, toute stimulation doit être faite sans exagération, au risque de causer de la détresse chez les patients comme chez les aidants.

Pour Jocelyne de Rotrou, cette théorie ne saurait s’appliquer dans la maladie d’Alzheimer, caractérisée par des lésions multiples et évolutives. « Toutes les initiatives qui consistent à s’occuper des patients méritent d’être encouragées, qu’il s’agisse de stimulation sensorielle ou sociale. La musicothérapie et la balnéothérapie donnent notamment des résultats très intéressants. Mais le sens de ces approches est de préserver les capacités et de réduire la pente du déclin, et non d’accroître les performances. De plus, il est essentiel de combiner les approches en proposant notamment un programme d’accompagnement à l’aidant. L’aide aux aidants est une aide aux patients. Dans chaque cas, il faut trouver la prise en charge la mieux adaptée au tandem patient-aidant et au stade de la maladie. » 

 

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