Gastro : le grand bluff

Chaque année, on nous ressert la même sérénade : la gastro-entérite est une affection qui peut être mortelle lorsqu’elle touche les nourrissons et il est hautement recommandé de vacciner nos tout-petits avant qu’ils aient atteint l’âge de 6 mois car il s’agit du seul moyen de les protéger efficacement.

Bien entendu, les parents qui, en fin d’année, voient les cas de gastro se multiplier autour d’eux sont extrêmement sensibles au bourrage de crâne ambiant et, pour peu que leur pédiatre insiste un peu, ils n’hésitent pas à dépenser les quelque 150 euros que coûtent les vaccins actuellement disponibles (le Rotarix et le Rotateq). Mais ces deux vaccins sont-ils vraiment utiles ?

Il faut tout d’abord relativiser le risque réel que court un nourrisson atteint par la gastro-entérite aiguë à rotavirus en France. Car une dizaine d’enfants seulement meurent chez nous, chaque année, de la déshydratation provoquée par la diarrhée consécutive à une gastro-entérite. C’est dramatique, certes, mais il ne s’agit pas d’un risque sérieux lorsque les parents sont raisonnablement attentifs à la santé de leur progéniture.

Il faut aussi souligner que le rotavirus peut prendre de multiples formes : au cours des deux dernières saisons (fin 2006 et 2007) on en a recensé plus de 500 souches différentes. Or l’un des deux vaccins, le Rotarix, ne contient qu’une souche de rotavirus (G1), et l’autre, le Rotateq, n’en compte que cinq (G1, G2, G3, G4 et P). Bien sûr, il s’agit des souches les plus fréquentes, mais la protection est loin d’être aussi parfaite qu’on le dit. On notera par exemple qu’en 2007, le tiers des gastros a été provoqué par la souche G9 et qu’en 2005, c’était deux tiers !

Ainsi, le virus est moins dangereux qu’on ne le dit, et son vaccin moins efficace qu’on ne le croit.

Mais pourquoi alors tout ce tapage ? Pour que les labos fassent un peu de chiffre d’affaires, sûrement. Mais aussi pour masquer les erreurs de notre politique de santé. Car si le rotavirus fait tant de dégâts dans un pays développé comme le nôtre, c’est parce qu’il n’a plus, en face de lui, aucun ennemi naturel. Si les femmes allaitaient plus longtemps et si elles accouchaient moins souvent par césarienne (ce qui empêche le bébé de recueillir un peu de la flore vaginale de sa maman) le problème de la gastro des bébés serait sans doute un phénomène tout à fait marginal.

 

 

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