McDo nous répond

Nous vous informions dans notre numéro de mai (n° 67) que McDonald’s a dévoilé la liste de ses additifs alimentaires. Suite à quoi le service de presse de Ronie le clown, interpellé, a cru bon de nous adresser un mail de précisions. Puisqu’il ne s’agit pas d’un droit de réponse, nous nous permettons de le commenter.


Le 30 juin dernier, la bien nommée « agence Protéines », service de presse de McDonald’s France, adresse un mail au rédacteur en chef de « Principes de Santé ». Que lui écrit-elle ? Qu’à la lecture de notre article, quelques précisions lui semblaient nécessaires d’être apportées à nos lecteurs. En premier lieu, que « McDonald’s France utilise dans ses recettes uniquement des additifs qui ont fait l’objet d’une évaluation menée par l’EFSA. Leur utilisation est donc autorisée par la Commission européenne, après évaluation et démonstration de leur innocuité. Ils ne présentent donc aucun risque pour la santé. » Nous ne doutons pas une seconde que McDonald’s France respecte la législation en vigueur, mais les arguments avancés nous laissent songeurs.

 

Conflits d’intérêts

D’une, nous ne savions pas que l’EFSA, l’Agence européenne de sécurité de l’aliment, avait un tel pouvoir discrétionnaire que ses avis ou évaluations faisaient office de loi et déterminaient les décisions de la Commission européenne. De deux, il n’est pas inutile de rappeler que cette même Agence a été épinglée par le Parlement européen en 2012 pour de manifestes conflits d’intérêts (Mme Banati, alors présidente de l’Agence, entretenait des liens étroits avec l’industrie agroalimentaire et son énorme lobby, l’ILSI).

Allez-y, c’est sans danger

Concernant les quatre additifs cités dans notre article, le service presse de McDo nous rappelle que les E385, E541 et E927a ne sont pas utilisés par la version française de McDonald’s. Ouf ! On respire… Sauf qu’il indique aussi que le polysorbate 80 (E433) est « un additif utilisé en tant qu’agent de texture pour le bacon », ajoutant que « son utilisation ne présente aucun risque pour la santé ». On manque bien entendu de s’étrangler : en s’appuyant sur le livre de Corinne Gouget, « Additifs alimentaires, le guide indispensable pour ne plus vous empoisonner », on apprend que le polysorbate 80 est un additif classé rouge, donc à éviter, utilisé dans certaines pâtisseries – n’était-il pas censé être un agent de texture du bacon chez McDo ? – et dérivé du sorbitol, pouvant contenir des traces de produits toxiques.

De plus, Mme Gouget précise qu’au même titre que le polysorbate 20 (E432), cet additif est très controversé depuis les années 1950 car « il pourrait contenir des résidus nocifs pour notre santé, tel que de l’oxyde de fer de dioxane et de l’éthylène glycol ». La liste des risques inclut des réactions cutanées, des troubles digestifs, des infections urinaires, de la prise de poids, des calculs rénaux, des tumeurs… Et j’en passe. Précisons que des études ont été demandées en 1956 pour déterminer si ce groupe d’additifs était cancérogène. Mais à ce jour, les résultats se font encore attendre (source : « Hard to Swallow ? The Truth About Food Additives », Doris Sarjeant et Karen Evans, éd. Alive Books). En attendant de les avoir un jour, citons cette étude parue dans le très sérieux « Gut », la revue de gastro-entérologie et d’hépatologie éditée par le « British Medical Journal », qui implique le polysorbate 80 dans la maladie de Crohn. Mis à part, ça, c’est sans danger pour la santé.

 

Petit rappel

Nous vous disions (PrS n° 64) que sur l’intranet de McDonald’s aux États-Unis, la direction déconseillait fortement à ses salariés de consommer leurs propres menus, rappelant que le fast-food contient un taux très élevé de graisses saturées, de sucre (le fameux polysorbate 80 du bacon notamment), de sel et de calories. Mais comme si cela ne suffisait pas, la note va plus loin, puisqu’elle affirme que « garder un équilibre alimentaire n’est pas facile avec le fast-food, parce qu’on n’ignore comment il est préparé ». Mais ça, c’est aux États-Unis… McDo France fonctionne sans aucun doute différemment. Ben voyons.