Quand les labos magouillent…

… ce sont les patients qui trinquent. Dans le scandale du mois, nous apprenons que les victimes de DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) risquent de pleurer des larmes de sang et mettre la main au portefeuille.

 

Vous aviez l’habitude de payer dans les 40 € pour une injection d’Avastin pour traiter votre DMLA ? Oubliez ! Les médecins n’ont plus le droit de vous le prescrire, puisque ce sera le Lucentis (20 fois plus cher en dépassant les 800 €) qui sera choisi en première intention. Pourtant, chacun sait que Lucentis et Avastin, c’est du pareil au même… sauf pour le prix. Et nous apprenons que Novartis (Lucentis) et Roche (Avastin) ont passé un accord suffisamment scandaleux pour que plusieurs associations de consommateurs européens (comme UFC-Que Choisir) déposent une plainte auprès des autorités nationales compétentes pour entente illicite.


Un coup bien tordu

Selon elles, Roche et Novartis se sont entendus pour que ce soit le Lucentis qui remporte la prescription médicale au détriment de l’Avastin. Mieux, Roche a même saisi l’Agence européenne du médicament afin que soit modifiée la notice de l’Avastin pour y inclure des effets secondaires hors cadre thérapeutique (en l’espèce pour le cancer), alors que de nombreuses études démontrent clairement l’efficacité de l’Avastin pour traiter la DMLA. Un laboratoire qui dénigre son propre médicament et s’assoirait sur des millions de chiffre d’affaires au nom de ces bénéfices… C’est tordu non ?

Pas tant que ça, vous allez comprendre. Pour cela, il faut revenir aux origines de l’Avastin et du Lucentis. Leurs molécules ont été développées par Genetech, une boîte californienne, rachetée par… Roche, qui, sans rien faire, engrange des royalties sur les ventes du Lucentis, brevet oblige. De plus, Novartis détient un tiers des parts de Roche. Suivez mon regard : avec de tels liens d’intérêts, on comprend mieux pourquoi Roche a tout lieu de laisser à Novartis le soin d’être le seul acteur des soins de la DMLA.

Tout a été bon pour créer un distingo entre les deux médicaments. Un document interne de Novartis invitait par exemple les filiales européennes à « créer une inquiétude pour la sécurité de l’Avastin ».


Amendes records

Un pays comme l’Italie a déjà pris ses dispositions. Ici, où l’Avastin est le médicament le plus prescrit dans le cadre de la DMLA, les petits arrangements entre gros labos sont très mal passés. Du coup, Roche et Novartis, condamnés pour entente illicite, ont été condamnés à verser 182,5 millions € d’amendes (92 millions pour Novartis, 90,5 millions pour Roche). Sans compter que le parquet de Rome a ouvert une enquête pour escroquerie et manipulation du marché des médicaments.

Sous l’impulsion d’UFC-Que choisir, l’ex-Conseil de la concurrence, devenu l’Autorité de la concurrence, a mené des perquisitions dans les sièges des deux labos, suspectés qu’ils sont de pratiques anticoncurrentielles. Bien que les services de com’ des géants suisses du médoc jurent sur tous les dieux qu’ils n’y sont pour rien, qu’ils n’ont rien fait, que leurs produits sont différents, etc., le ministère de la Santé pourrait bien intercéder à la requête d’UFC-Que Choisir en signant un décret de recommandation temporaire d’utilisation pour motif économique, et permettre ainsi à l’Agence du médicament (ANSM) d’autoriser officiellement la prescription de l’Avastin dans le traitement de la DMLA.

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Le plus gros poste de dépense de la Sécu

462,3 millions €, c’est ce que l’Assurance maladie a remboursé en 2013 pour le remboursement du Lucentis, qui a été son plus gros poste de dépenses. Dans une lettre ouverte à l’Élysée, les médecins généralistes ont demandé l’abrogation d’une circulaire du 11 juillet 2012, qui interdit l’usage de l’Avastin comme substitut au Lucentis au titre que « qu’il paraît impensable de gaspiller en pure perte quelque 400 millions € par an. » Une reconnaissance de l’Avastin dans le traitement de la DMLA permettrait donc de faire de substantielles économies.