Aux sources des médecines énergétiques

Si beaucoup d’entre nous connaissent le terme de « médecines énergétiques », son fondement reste souvent flou : ces disciplines semblent bien différentes les unes des autres. Pourtant, elles reflètent la même compréhension énergétique de l’univers et de nous-même. Pour mieux s’y retrouver, voici un décryptage de ce qui sous-tend ces champs vibratoires et informationnels. Le respect de leur cohérence par le thérapeute conditionne leur efficacité.

Les médecines énergétiques ont ceci de particulier : dans ce vaste domaine peuvent se côtoyer des techniques et des références culturelles totalement aux antipodes. Morathérapie, chamanisme, magnétisme, acupuncture, qi gong, shiatsu, réflexologie, guérison à distance, etc., sont autant de ces techniques qui prétendent agir sur le champ de l’énergie. Alors comment s’y retrouver ? Pour cela, il me semble judicieux de définir cette énergie qui est à la source de ces différentes médecines.

Qu’est-ce que l’énergie ?

En Occident, pour le commun des individus, l’énergie est plutôt un concept qui comprend essentiellement la notion de force motrice. La physique, notamment depuis les travaux d’Einstein, a intégré le fait que la matière n’est en fait qu’une mise en forme, une densification de l’énergie. Mais cette idée est encore floue pour beaucoup. Cela est principalement dû au fait qu’en Occident, on considère et conçoit ce qui se voit, ce qui est visible, manifesté, tangible. L’invisible n’existe pas ou est suspect. Même dans les recherches de la physique les plus poussées, c’est toujours le particulaire qui nous intéresse.

Pour aborder les champs conceptuels qui tentent d’expliquer ou d’organiser la notion d’énergie, nous pouvons nous tourner vers les philosophies orientales et en particulier la médecine traditionnelle chinoise. En Orient, notre univers n’est pas matière, il est énergie. Nous sommes dans un paradigme vibratoire qui conçoit la vie comme étant la manifestation de deux forces inverses et complémentaires : le yin et le yang. Ces deux forces, ou ces deux énergies, sont les manifestations de la façon dont le chaos, informe et originel, s’est organisé et structuré autour de deux dynamiques, l’une subtile et intangible, le ciel (yang), l’autre dense et tangible, la terre (yin).

Pour les Orientaux, le qi, l’énergie, est l’essence même de la vie et de sa manifestation ; et le microcosme humain est construit et fonctionne à l’identique du macrocosme observable qu’est l’univers. Pour l’être humain, la structure bipolaire yin/yang, dense/subtil, manifesté/non manifesté est représentée par le corps (yin) et l’esprit (yang). Mais au-delà de ce champ individuel, une segmentation existe à l’identique pour ce qui concerne le groupe quelle que soit sa taille (famille, équipe, collectivité, peuple, humanité). Il constitue à l’identique une réalité yin (sa réalité matérielle) et une réalité yang (sa conscience et son identité collective). C’est ce qui nous permet de comprendre les comportements dits « de groupe » dans toutes les formes de vie, végétale, animale ou humaine. Car, dans la pensée orientale, tous les champs vibratoires s’interpénètrent, interagissent en permanence et à tous niveaux. Cela nous rappelle d’ailleurs certaines notions occidentales comme les égrégores. Dans la tradition ésotérique, un égrégore est un concept désignant une force ou une entité constituée de plusieurs esprits individuels autour d’une idée ou d’un but commun. Mais aussi la notion de l’inconscient collectif dégagée par Carl Gustav Jung.

Deux champs vibratoires

Le qi, l’énergie, est l’essence même de la vie en ce sens que c’est elle qui la crée, qui l’ordonne, l’organise, lui donne une forme (elle crée le yin) mais également la nourrit, l’informe et la féconde (elle crée le yang). En clair, l’énergie qi est constitutive des deux champs vibratoires fondamentaux. Dans leur dimension yin (particulaire) ils sont « organisants » et dans leur dimension yang, ils sont « informationnels ».

Selon le champ organisationnel (matière, corps, etc.), le champ informationnel (subtil, énergie, etc.) associé sera en cohérence. Le champ corporel ou matériel informera dans une cohérence électromagnétique par exemple et le champ subtil informera dans une cohérence énergétique de type intuition, transe, médiumnicité ou perception chamanique. Il en est ici comme en radio où le type de fréquence reçue dépend du positionnement du curseur. Si on le place sur les ondes longues, ce qui sera perçu sera différent, à tous points de vue, de ce qui sera perçu si on le place sur la modulation de fréquence. Plus la fréquence est « vulgaire » (ondes longues), plus elle est facile à capter par tous (même fréquence sur tout le territoire) mais dans une qualité moyenne et sujette à des parasites. Plus la fréquence est élevée, plus elle nécessite un appareillage sophistiqué et des composants de qualité, libres de tout parasitage. C’est ici que l’on peut comprendre combien, dans les médecines énergétiques où l’on considère que l’intention porte l’énergie, l’attitude et la neutralité transparente d’esprit du praticien sont des vecteurs essentiels de la qualité tant du soin que du repérage des déséquilibres.

On retrouve d’ailleurs une résonance de cette idée en physique quantique. On y considère en effet que, l’attitude et la recherche du physicien n’étant pas neutre par rapport au résultat, la plus grande précision d’intention s’impose à lui.

La nécessité de cohérence

Cette notion de résonance cohérente entre les champs organisationnels et informationnels est également intéressante pour ce qui concerne leurs représentations. En effet, selon les techniques ou les sciences qui s’appuient sur le qi, les schémas et cartographies diverses, semblent différents voire contradictoires. Il y a par exemple 72 méridiens en médecine traditionnelle chinoise et 72 000 nadis en médecine ayurvédique. Les planches et les cartographies de réflexologie plantaire occidentale, chinoise et sud-africaine sont différentes. Elles ne situent pas les zones réflexes aux mêmes endroits. Les pouls énergétiques radiaux en médecine traditionnelle chinoise sont différents de ceux de la médecine tibétaine, etc. Et pourtant toutes ces médecines donnent des résultats incontestables.

Tout ceci s’explique par le fait que les champs organisationnels et informationnels utilisés sont différents. Leurs représentations, nécessaires mais obligatoirement réductrices, sont elles aussi différentes. C’est bouleversant pour un « cerveau gauche » occidental, formaté à l’aune de la pensée cartésienne qui établit que « quelque chose ne peut pas être et être son contraire ». Dans la pensée énergétique on envisage cela différemment et on considère que « quelque chose peut être et être son contraire ». Nous sommes ici dans une cohérence holographique où le réel perçu n’est qu’une facette angulaire d’un réel non perçu plus vaste, plus profond, plus en volume et dont ce réel perçu n’est qu’une émergence captée à un moment et un point donnés. Nous touchons là à la différence entre l’arrêt sur image et le film, entre le in vitro et le in vivo.

La médecine énergétique est censée décoder le particulaire (le symptôme) et s’appuyer sur le qi pour le retransformer en informationnel, c’est-à-dire en ondulatoire. Cela se fait en utilisant le corps comme une interface, par des techniques corporelles (shiatsu, réflexologie, Ayurveda, etc.), magnétiques (magnétisme, radiesthésie, etc.), chamaniques ou autres. Mais cela se fait également en associant l’esprit du patient. En l’aidant à donner un sens à ce qui lui arrive et/ ou en organisant un rituel élaboré voire spectaculaire afin de constituer un cadre à l’informationnel censé émerger de la transformation de l’organisationnel manifesté (symptôme).

Une médecine énergétique ?

C’est ce qui rend difficile ici de valider la qualité et l’origine de certains champs informationnels auxquels peuvent avoir accès certains individus ou thérapeutes. Selon la philosophie orientale, le champ informationnel, total et permanent de l’énergie, est accessible à tous, selon les capacités individuelles de perception. Plus l’individu est enraciné dans la dimension corpusculaire, plus il est formaté par elle et accède peu au champ informationnel subtil de l’énergie. Il perçoit plutôt des informations venant du dense, du monde manifesté (symptôme). Plus l’individu est distancié du champ corpusculaire, plus il est en capacité de capter des informations venant du subtil, mais moins il est en capacité de les organiser. C’est pourquoi il est nécessaire de mettre en place des interfaces qui verrouillent ce risque. Rituels, formules, images, représentations, etc., sont autant de ces interfaces que les traditions du monde ont su construire. Elles évitent à l’officiant « sérieux et bien intentionné » d’être emporté par le souffle dévastateur d’une énergie non maîtrisée.

Les cadres établis restent des protections incontournables car, en énergétique, il en est, cohérence oblige, comme en toutes choses. Il vaut mieux éviter le hors-piste. Ils permettent de cerner ce qu’est l’énergie dans certains de ses états mais lui laissent cette part de mystère qui restera toujours la quête inaccessible de l’homme. Comme l’horizon qui avance en même temps que le voyageur !

 

Michel Odoul, conférencier, écrivain, fondateur de l’Institut français du shiatsu