La maladie de Lyme

La belle saison revenue, mieux connaître la maladie de Lyme, transmissible par des tiques, n’est pas superflu. Car, en forte progression, cette affection reste méconnue du corps médical. Or, non diagnostiquée à temps, elle peut faire des ravages sur la santé à long terme. Entre statistiques, recherches et polémiques, rapide tour d’horizon.

 

Le principe de précaution mis à mal

Les chasseurs et les agriculteurs la connaissent bien. La maladie de Lyme (ou borréliose de Lyme), parasitose transmise essentiellement par la morsure de tiques, est une vieille connaissance.

Toutefois, le grand public a désormais tout intérêt à en savoir plus. Car les médecins sont peu ou mal informés et les tests diagnostics posent de sérieux problèmes, tandis que des chiffres alarmants circulent : aux États-Unis, le nombre des cas aurait été multiplié par dix en quelques années. En Allemagne, un million de cas ont été recensés, dont une majorité en Bavière, région infestée de tiques. En France, alors que la déclaration de la maladie n’est pas obligatoire et le dépistage très insuffisant, on dénombre cinq fois plus de cas sur les deux dernières années. Des chercheurs parlent de possible pandémie et trouvent scandaleux qu’on la nie en prétendant que, comme le nuage de Tchernobyl, les bactéries coupables s’arrêtent gentiment aux frontières. Un déni d’autant plus grave qu’il n’est pas impossible que la maladie devienne transmissible par transfusion sanguine ou par voie sexuelle.

 

Des bactéries aux effets prolongés et multiples

Ceux qui crient au loup tentent d’expliquer qu’il ne faut pas se contenter d’aborder la maladie de Lyme par son seul stade primaire, à savoir un érythème visible après une piqûre de tique récente, qui, prise à temps, peut rapidement se soigner.

La borréliose de Lyme connaît en fait trois phases. D’imperceptible, elle peut devenir chronique et multisystémique, pouvant engendrer des symptômes oculaires, musculaires, vasculaires, articulaires, dermatologiques ou neurologiques. Comme la syphilis en son temps, elle est ainsi qualifiée de « grande simulatrice », se cachant sous des formes multiples, se travestissant derrière une symptomatologie faisant penser à d’autres pathologies, ce qui complique le travail de diagnostic. D’où le scepticisme de certains spécialistes, qui vont jusqu’à balayer d’un revers de main l’existence même de la maladie.

Sur le long terme, d’autres données alarment. Une récente recherche effectuée sur des patients d’Alzheimer a en effet démontré que des borrélies étaient présentes dans le cerveau d’un quart d’entre eux. Y aurait-il un lien de cause à effet ? Une étude sur cette singulière bactérie devrait s’imposer. D’autant qu’on trouve également des marqueurs comparables dans des cas de sclérose en plaques ou d’autisme.

Un blocage inexplicable de la recherche

Mais les écueils sont nombreux. « Comment être cartésien ? On nous refuse des crédits pour étudier la maladie, suivre des groupes témoins, et surtout valider de nouveaux tests. Pourquoi n’arrive-t-on pas à une bonne sérologie ? Pourquoi a-t-on si souvent des résultats de tests différents selon la région ou le laboratoire où ils sont faits ? Il y a un blocage inexplicable », s’insurge le Pr Christian Perronne, qui fait pourtant autorité en France. Président de la Commission spécialisée maladies transmissibles (CSMT) au Haut Conseil de la santé publique (HCSP), il est sorti d’une relative réserve sur le sujet pour répéter qu’il faut désormais cesser « de nier des cas cliniques répétés et troublants ».

D’autres spécialistes mondialement reconnus, comme le Dr Richard Horowitz aux États-Unis, se sont joints à lui pour marteler que, face à des tests très insuffisants, il faut « en calibrer de nouveaux en prenant en compte ce qu’on a appris depuis trente ans sur les diverses souches de Borrelia », qu’il faut « explorer diverses pistes », dont celle de la mobilité étrange des borrélies qui pourraient se déplacer non seulement dans le sang et la lymphe, « mais aussi se cacher dans des structures biologiques complexes de nos tissus, appelées biofilms. Là, les globules blancs (leucocytes) auraient encore plus de mal à les intercepter ». Ils rappellent que le test ELISA, imposé en France en première intention, avait déjà fait preuve de manque de sensibilité au début de la pandémie de VIH. Seul l’usage d’un second test, le Western Blot, a permis de diagnostiquer tous les malades. Du reste, dans les pays où les médecins sont autorisés à utiliser immédiatement ce test, les diagnostics de Lyme ont explosé. Cependant, même dans sa version actuelle, certains cas passent à travers les mailles du filet. Au point que dans l’État de Virginie, aux États-Unis, une loi oblige les médecins à informer leurs patients du manque de fiabilité des tests qui leur sont proposés.

Non-assistance à personne en danger ?

Pourtant, interdits et polémiques se multiplient : autour de biologistes qui explorent d’autres pistes, notamment en croisant différentes méthodes de tests dont des observations au microscope qui ont été utilisées dans les pays nordiques et de l’Est, où il y a une progression importante de la maladie ; autour de tentatives d’élaboration de nouveaux remèdes naturels comme le Tic Tox, qui ont pourtant soulagé certains malades. Si Bernard Christophe, pharmacien biologiste de formation, a dû déposer le bilan de sa société, il n’a pas pour autant déposé les armes. Il a ainsi porté plainte pour non-assistance à personne en danger contre le Conseil de l’ordre et divers experts, brandissant le spectre d’un « nouveau scandale du sang contaminé ». Car les borrélies auraient en effet « la possibilité de s'enkyster dans les cellules, et de se réduire à 1 % de leur taille sans pouvoir être détectées, résistant ainsi au chauffage de certains éléments du sang de donneurs bénévoles, censé protéger les receveurs », avait-il affirmé au tribunal.

En outre, des chercheurs émérites, dont ceux du groupe Chronimed, se penchent depuis des années sur l’autisme et sa relation possible avec divers agents infectieux, dont ceux responsables de la maladie de Lyme. Un espoir est soulevé, qui mériterait recherches et soutiens.

« Las, se plaint Judith Albertat, présidente de l’association Lyme sans frontières, refus des médecins de se remettre en question, persistance de vieux paradigmes sur les liens simplistes entre maladies et bactéries, et conflits d’intérêts économiques, tout cela fait que les choses ne bougent pas et qu’on va jusqu’à nous traiter d’activistes ou de semeurs de psychose. Nous ne réclamons qu’une chose : le droit au principe de précaution. Et des moyens dignes de ce nom pour éviter une possible pandémie et beaucoup de souffrances inutiles, qui, entre-temps, auront rapporté gros, en particulier à tous ceux qui vivent de l’industrie pharmaceutique. » Ceci expliquant peut-être cela ?

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