Cancer : quand l’information nous intoxique

Une fois n’est pas coutume, le Dr Menat a décidé de faire une revue de presse critique plutôt que de creuser un grand thème. Le traitement fait par la presse de certaines études sur le cancer a eu le don de l’agacer, et Principes de Santé a aussi pour rôle de vous désintoxiquer… l’esprit.

Info ou intox ? Vous connaissez cette question qui, à force d’être reprise par tous les médias depuis tant d’années, deviendrait presque une locution. C’est dire si l’information est, dans notre cas aussi, une guerre dont le champ de bataille est nos esprits. Les moyens sont bien connus : créer de la confusion et un épais écran de fumée autour des causes réelles du cancer ou de sa prise en charge. Le grand public, étant perdu et ne sachant plus à quel saint se vouer, finit par se désintéresser de la question et ne met plus en place les bonnes démarches de prévention. Deux études caricaturales m’ont interpellé le mois dernier.

Première intox :

« Une alimentation riche en protéines est dangereuse entre 40 et 60 ans et favorise le cancer ! »
Voici une première affirmation qui a fait les grands titres de certains journaux scientifiques et qui a tourné en boucle sur l’internet, mais aussi à la télévision.
Il se trouve que je suis un spécialiste des protéines dont j’étudie la question depuis plus de vingt ans. Alors quand je lis un tel titre, je suis particulièrement surpris… pour rester poli. En effet, les protéines ne peuvent pas donner un cancer. Ou alors dans des circonstances très particulières.

Que nous dit l’article ? « Un régime riche en protéines est utile chez le sujet de plus de 65 ans, mais n’est pas protecteur pour les personnes d’âge moyen (40 à 60 ans) », puis que « les risques d’une surconsommation sont réels. Trop de protéines animales entre 40 et 60 ans représentent un risque de cancer équivalant à celui de la cigarette » pour finir sur : « La majorité des Américains mangent environ deux fois plus de protéines qu’ils ne devraient, et la meilleure décision serait de réduire la consommation quotidienne de protéines. »

En analysant cette étude, on constate d’abord qu’elle est réalisée auprès d’Américains qui mangent trop de protéines. Mais de quelles protéines parle-t-on ? Aux USA, les viandes sont souvent transformées. Riches en colorants et autres additifs, elles sont souvent grillées. Les animaux sont élevés de façon intensive, souvent avec l’appui de médicaments (comme des antibiotiques) et/ou d’hormones. Les protéines sont-elles vraiment en cause ici ?

Jusqu’où va la manipulation ?

Au lieu de préciser les aliments réellement consommés par les participants à l’étude, les journalistes concluent sur le risque des protéines en général. Mais peut-on comparer la viande, le poisson, les laitages et les protéines végétales ? Le site de Thierry Souccar (www.lanutrition.fr) a été plus honnête en titrant : « Viande et laitages à la cinquantaine associés à un risque accru de cancer ». On saisit tout de suite la différence de traitement de l’information. Car toutes les protéines ne sont pas à rejeter et ce ne sont pas les protéines qui favorisent le cancer, mais souvent les graisses animales qui y sont associées.

Dans le domaine des médecines naturelles aussi, l’information a parfois été mal reprise, car cette étude donnerait raison aux végétariens. La réponse n’est évidemment pas aussi simple.
 

Finalement, quelles protéines manger ?

La conclusion de l’étude nous donne une première piste : « Un régime riche en protéines se définit par un apport alimentaire en protéines supérieur à 20 % de l’apport total. »

Mais, cela tombe bien, aucun nutritionniste digne de ce nom n’a jamais proposé (sauf dans des cas particuliers et sur une période limitée) de consommer plus de 20 % de protéines. Les anciennes normes proposaient même un apport de 10 à 13 % et toutes les études récentes montrent qu’il faut en réalité consommer au moins 15 % de protéines sans dépasser 20 % de l’apport calorique total. Vous pouvez donc continuer à suivre votre régime habituel s’il répond à ces normes.

Mais, comme toujours, le plus important n’est pas la quantité, mais la qualité. Si toutes ces protéines sont uniquement représentées par de la viande grillée au barbecue, il est certain qu’on va augmenter le risque de cancer du côlon.

Seconde intox :

« Les antioxydants pourraient favoriser la progression du cancer pulmonaire et un excès de sélénium peut provoquer un cancer de la prostate. »
Encore des affirmations assénées par les journalistes scientifiques suite à des études publiées en début d’année. À qui profite le crime ? Probablement à tous ceux qui ne veulent pas voir se développer l’utilisation d’antioxydants et ainsi perdre des parts de marché. Comment le comprendre autrement ?


L’automédication n’est pas sans risques

Pourtant, ces études sont réelles et doivent nous rappeler que l’automédication aveugle n’est pas non plus sans risques. Voici les points à retenir de ces études :

Il ne faut pas prendre des compléments alimentaires riches en sélénium à forte dose et sur une longue période ! Le sélénium est un oligoélément qui a de multiples propriétés et son action anticancéreuse est certaine. Être carencé en sélénium entraîne de mauvaises défenses antioxydantes et peut augmenter le risque de cancer. Des centaines d’études existent sur le sujet.

Mais si, en réponse à ces études, on se met à prendre tous les jours plusieurs pilules contenant du sélénium (dont la présence est trop importante dans certains compléments alimentaires), on risque d’être en surdosage. C’est ce surdosage qui peut être néfaste, et encore, dans certaines conditions. Si on observe les chiffres, les choses sont claires :

  • L’étude a été faite sur la base d’une dose de sélénium de 200 µg par jour alors que les besoins sont de… 50 à 75 µg. Oui, une dose trois fois supérieure aux besoins, prise pendant plusieurs années, peut augmenter le risque de cancer de la prostate.
     
  • Chez les participants dont le taux de sélénium était élevé au début de l’étude, un apport supplémentaire de ce minéral alimentaire a augmenté le risque de tumeurs de 91 %. Un minimum de bon sens permet de dire qu’avant toute complémentation, il faut savoir si on est carencé, sans pour autant laisser entendre que quasiment personne ne doit prendre du sélénium.

Il n’y a donc pas de surprise dans cette étude : le sélénium est utile uniquement si on en manque, mais à condition de ne pas prendre de dose supra-nutritionnelle. C’est pourquoi l’automédication en antioxydants est déconseillée et qu’il faut demander l’avis de votre médecin et éventuellement faire des dosages avant de prendre un complément.

L’autre étude sur le cancer du poumon a été faite sur la souris à qui on a donné de la vitamine E avec du soufre, mais aucun autre antioxydant. Or la vitamine E peut devenir oxydante s’il existe une carence en vitamine C.

Par ailleurs, l’étude ne précise pas si la vitamine E était naturelle ou de synthèse, mais nous savons que les études sur des doses élevées de vitamine E de synthèse ont toutes montré un effet négatif et une augmentation du risque de cancer.

Malgré cela, on continue à faire des études dont on pourrait prévoir le résultat. Au lieu de préciser que la vitamine de synthèse administrée seule augmente le risque de cancer, on conclut sur « ces antioxydants qui augmentent le risque de cancer ».

La même conclusion manipulatoire avait eu lieu avec une très belle étude sur le bêta-carotène de synthèse qui avait augmenté le risque de cancer du poumon. Au lieu de déconseiller le bêta-carotène, on avait accusé les antioxydants en général.

 

Alors doit-on consommer des antioxydants ?

Oui, mais surtout les vrais antioxydants que sont les polyphénols. Ayant déjà écrit un article sur le sujet, je vais juste rappeler que les polyphénols présents dans les végétaux sont les plus puissants antioxydants et que leur consommation n’a jamais montré que des effets protecteurs. Il s’agit d’aliments que vous connaissez bien : les légumes, les fruits, mais aussi et surtout le thé vert, le curcuma, les baies rouges, le gingembre, l’ail et l’oignon, toutes les herbes et aromates, les brocolis et j’en passe !

En revanche, attention à l’automédication et surtout méfiez-vous des gélules de vitamines et minéraux qui sont des pseudo-antioxydants. Favorisez éventuellement les compléments alimentaires riches en flavonoïdes, mais n’apportant pas trop de sélénium ou zinc.

J’espère que cette petite revue de presse vous aidera à mieux manger et à mettre en place une vraie prévention active pour votre santé. Je vous souhaite un beau printemps qui va voir apparaître tant de végétaux riches en bons et vrais antioxydants. Profitez-en !

En pratique, que consommer ?

Au moins une bonne ration de protéines animales de qualité et variées 1 fois par jour. Certaines personnes pourront prendre une 2e ration, de préférence le matin (des œufs en particulier). Tout dépend du terrain, de la constitution de la personne, de ses goûts et de son activité physique.
La répartition hebdomadaire pour le déjeuner se fera ainsi : 2 fois du poisson, 2 fois de la volaille, 1 fois des œufs, 1 fois de la viande et 1 fois des abats, du gibier ou du jambon.

Si on se contente d’une seule ration de protéines animales, il faudra augmenter la ration de protéines végétales le soir : céréales complètes, légumes secs, tofu…

Évidemment, on peut être en bonne santé tout en ne mangeant pas de viande et il est prouvé que les végétariens développent plutôt moins de cancer, mais on les oppose toujours aux grands « carnassiers ». Une consommation raisonnable et équilibrée de protéines animales offre en général une santé optimale, car les végétariens font aussi plus d’ostéoporose, par exemple.

Mais le plus important est d’analyser, de ressentir ses besoins et de trouver des solutions équilibrées et en phase avec sa santé et sa philosophie.
Au final, consommer des protéines régulièrement, même entre 40 et 60 ans, n’augmente pas votre risque de cancer. Cela ne doit pas vous empêcher de faire aussi quelques périodes de diète végétale dans l’année !

Comme toujours, si vous souffrez d’un cancer, la situation est encore différente et vous devrez adapter votre alimentation au traitement hospitalier comme je l’ai déjà expliqué dans des précédents articles. Demandez conseil à votre médecin.

 

1. Étude américaine multicentrique dirigée par le Fred Hutchinson Cancer Research Center (Seattle, États-Unis), et publiée dans le Journal of the National Cancer Institute.