Mal de dos : comment l’éviter, le traiter…

Le mal de dos n’est pas une fatalité. Bien que 7 Français sur 10 s’en plaignent, les rachialgies peuvent être efficacement traitées par un large éventail de pratiques thérapeutiques nettement plus efficace que la prise médicamenteuse.


Dossier réalisé avec le concours du Dr Naïma Bauplé et de Vittoria Siegel (conseil en médecine nutritionnelle)

Qu’entend-on par dos ? Plus que l’arrière du corps qui s’étend de la nuque au bassin ou la colonne vertébrale qui lui permet de se tenir vertical, c’est une zone du corps dont l’être humain souffre le plus souvent. En France, plus de 7 personnes sur 10 se plaindront du dos au moins une fois dans leur vie.

Propre de l’homme

L’extrême variété des expressions que l’on emploie à ce propos révèle une très forte implication psychosomatique dans la pathologie. À côté d’un « J’ai mal au dos, aux cervicales, aux reins », il est fréquent d’entendre « J’en ai plein le dos » équivalent d’un « C’est trop lourd à porter », etc. C’est probablement à cause de ça que la grande majorité des personnes qui se plaignent du dos ont des difficultés à en établir l’origine véritable.
Comme le rire, la verticalité est le propre de l’homme. Cette singularité qui lui a assuré un avantage certain sur son environnement s’est acquise au prix d’un certain nombre de compromis ostéoarticulaires. Outrepasser ceux-ci, c’est aller au-delà des possibilités physiologiques et s’exposer à créer des lésions dont il n’est pas toujours possible de récupérer intégralement.

Marché juteux

Au cours du siècle dernier, l’industrie pharmaceutique a réussi à s’approprier cette part du marché en proposant différentes classes de médicaments. Mais outre le risque d’effets indésirables sévères, ceux-ci n’apportent aucune résolution satisfaisante et durable. Seule une bonne connaissance de la physiologie et de ses limites peut être à l’origine d’une bonne hygiène de cette partie essentielle de notre corps.

C’est dans cet esprit que sont nées de nombreuses écoles du dos où l’on apprend les bases de l’anatomie squelettique, ses possibilités comme ses contraintes. Alors, s’élabore naturellement en soi un code de bonne conduite nécessaire à l’adoption progressive d’une discipline, seule garantie de la conservation de l’état de santé vertébral.

Mais cette approche n’est pas toujours suffisante car elle est incapable de venir à bout d’un pourcentage non négligeable de rachi­algies en l’absence même de lésions sérieuses pouvant justifier leur chronicisation. Tout être vivant est une entité complexe dont l’équilibre intérieur dépend de sa capacité à créer et maintenir une harmonie entre ses corps physique, émotionnel et intellectuel. À côté des techniques purement physiques, on ne doit pas oublier le recours possible à des thérapies cognitives et comportementales (TCC) ou psychocorporelles (TPC), traditionnelles ou modernes.


Mal de dos et médecine

Vu sous l’angle de la médecine allopathique, les causes des rachialgies et des douleurs dorsales sont regroupées en sept catégories qui, pour (trop) pragmatiques qu’elles soient, n’intègrent jamais le dos et ses problèmes dans une dimension holistique.

Les sept erreurs

  1. Les problèmes mécaniques : anomalies au niveau des membres inférieurs (inégalité, atteintes articulaires), malformation du rachis (hypercyphose, hyperlordose, scoliose) ; faiblesse de la musculature vertébrale ; tassement vertébral, etc.
  2. Les conséquences d’un traumatisme, depuis les lésions de la musculature vertébrale jusqu’aux fractures après un choc violent.
  3. Les affections inflammatoires, tout particulièrement la spondylarthrite ankylosante (SAA).
  4. Les maladies infectieuses : tuberculose, brucellose.
  5. Les tumeurs, notamment les métastases osseuses de certains cancers.
  6. Les irradiations douloureuses d’affections non vertébrales, comme lors de certaines coliques hépatiques ou néphrétiques, de certaines affections cardiaques ou thoraciques (pneumothorax, etc.).
  7. Les problèmes fonctionnels à l’occasion de règles douloureuses et/ou en lien avec des troubles de la psyché.

L’origine de la douleur est souvent multiple du fait de la conjonction au même moment de plusieurs facteurs (inflammation suite à des torsions répétées, usure des surfaces articulaires, atteinte d’un ou plusieurs nerfs rachidiens, hernie ou l’usure discale, etc.).

Le tableau clinique varie considérablement d’une personne à l’autre.

En réalité, le plus important est de faire la différence entre douleurs mécaniques et neurologiques.
Les douleurs mécaniques proviennent de l’usure de différentes pièces du rachis et plus particulièrement de certains disques intervertébraux.
Les douleurs neurologiques sont l’expression de la souffrance d’une racine nerveuse à cause d’un pincement.
Quel que soit le tableau clinique, l’examen radiographique est une étape quasiment incontournable car c’est grâce à lui qu’il est possible de porter un diagnostic, d’évaluer la gravité des lésions visibles et plus encore, les éventuels risques évolutifs. Il peut être demandé des tomographies si l’une des pathologies suivantes est suspectée : arthrite, sténose du canal rachidien, pathologie discale, nerveuse ou tumorale.
Mais cette démarche a ses limites. Elle est en effet incapable de mettre en évidence les lésions minimes – telles que les subluxations articulaires – qui sont à l’origine d’un grand nombre de douleurs qui évoluent vers la chronicité tant qu’aucune approche autre qu’officielle n’est pas envisagée.
Ainsi, si le mal de dos causé par une affection grave nécessite un traitement spécifique, le mal de dos moderne incite à retrouver un certain bon sens et à adopter ou à reprendre certaines règles d’hygiène de vie et, en cas de persistance, à consulter.

Cependant, comme lutter contre la force des habitudes est l’un des défis les plus difficiles que l’être humain ait à relever, le recours à un ou plusieurs coaches est le plus souvent indispensable : médecin, physiothérapeute, naturopathe, ostéopathe, fasciathérapeute, voire psychothérapeute… Effectivement, certaines maladies rachidiennes sont cause de choc psychologique et de dépression à long terme (spondylarthrite ankylosante, séquelle d’accident grave). Comme la dépression s’accompagne de phénomènes inflammatoires, un cercle vicieux s’installe, la dépression aggravant la symptomatologie douloureuse qui à son tour aggrave la dépression, et ainsi de suite.


Comment prévenir naturellement le mal de dos chronique ?

Comme toute autre forme de douleur, la rachialgie commune est l’indication que certaines limites physiologiques ont été franchies. Avant d’avoir recours aux antalgiques, anti-inflammatoires et autres, il est essentiel de décider d’adopter une bonne hygiène de vie ou d’y revenir.

Quelques conseils de bon sens

Éviter que la douleur soit chronique, c’est éviter l’usure des structures du rachis. Et pour éviter ce vieillissement prématuré, il faut s’assurer une hygiène de vie valable à tous les âges. Dans le meilleur­ des mondes, il faudrait se l’appliquer avant même l’âge des premiers symptômes (vers la trentaine). Il est indispensable de :

  • Conserver la colonne vertébrale aussi verticale que possible. Le choix des chaussures est déterminant, gare aux talons hauts ! Ne jamais rester assis plus d’une heure, et faire une pause pendant laquelle vous marcherez une centaine de pas.
  • Vérifier la qualité de la literie et des oreillers.
  • Gérer le stress qui génère des contractures musculaires étagées. Interrompre son activité dès qu’il y a tension, puis s’asseoir confortablement comme pour méditer et observer sa respiration pendant cinq minutes.
  • Pratiquer une activité physique de façon régulière et douce est indispensable (marche, vélo, natation).

Si le mal est déjà là, d’autres recommandations viennent s’ajouter aux précédentes :

  • Adopter une position antalgique. Se coucher sur un côté, un oreiller entre les jambes repliées et un second contre lequel appuyer le dos. Ou sur le dos, un oreiller glissé sous les genoux.
  • Recourir à des enveloppements chauds – la chaleur a le pouvoir de soulager et de relaxer –, ou appliquer un cataplasme d’argile verte ou un patch chauffant (type VoltaCare à base notamment de poudre de fer et de charbon activé) sur toute la zone douloureuse.
  • Porter une ceinture lombaire est utile dans certaines circonstances : en début de crise et lors de longs trajets en voiture ou en train. Mais porté régulièrement, elle facilite la fonte musculaire et donc la récidive de la pathologie douloureuse.


Faciliter l’adoption des conseils de posture

Les conseils de posture sont difficiles à suivre en raison de l’ignorance d’un phénomène pourtant universellement partagé, celui de l’effet de la qualité des pensées sur la façon dont on se tient debout. Le souci porte à se pencher en avant et à arrondir le dos, rêver éveillé incite à regarder en l’air et à creuser le bas du dos ; seul celui qui est présent au présent, le regard horizontal et détendu, est capable de se tenir dans une véritable verticalité. Hygiène du dos donc va de pair avec hygiène des pensées.

De nombreuses techniques peuvent dénouer l’imbroglio des rachialgies liées avec une difficulté à gérer ses émotions : la technique de libération émotionnelle en première instance, l’EMDR en présence d’un traumatisme psychologique marquant, la prise de remèdes floraux (Gentian en cas de dépression réactionnelle, Star of Bethlehem quand on a le sentiment que sa vie est brisée, White Chestnut si les pensées tournent à la rumination, etc.).
La pratique chaque matin d’une série de mouvements doux permet de commencer la journée dans les meilleures conditions (tai-chi, yoga derviche, etc.) et cela même quand on est obligé de garder le lit ! Se penser en mouvements, avec l’appui d’une vidéo suffit à mobiliser les aires cérébrales impliquées dans leur réalisation et à accélérer le processus de guérison.

 

  • À lire

« Le dos régénéré », d’Idris Lahore, éd. ECCE, 2011, 23 €.
« Le grand dictionnaire des malaises et des maladies », de Jacques Martel, éd. Quintessence, nouvelle édition revue et augmentée, 28,49 €.

  • À consulter

Le guide du dos : www.guidedudos.com
Association nationale des kinésithérapeutes fasciathérapeutes : www.ankf.fr
Microkinésithérapie : www.microkinesitherapie.com/fr