Mal de dos : et si les dents étaient responsables ?

Une bonne partie des douleurs dorsales s’expliquerait par un déséquilibre de la mâchoire ou une mauvaise position des dents. C’est la conclusion de Jean-Marie Landouzy, ostéopathe qui, après des années de pratiques, a mis en place une méthode de soins pour remettre en place ces dysfonctionnements.  


Le rapport entre un mal de dos et une mauvaise position des dents n’est pas évident au premier abord. Pourtant un déséquilibre de la mâchoire, même infime, est bien souvent à l’origine de douleurs dorsales. À l’inverse, un déséquilibre de la hanche peut lui aussi provoquer un déplacement de la mâchoire qui, à son tour, engendre douleurs dorsales, et perturbe la posture du corps. C’est un véritable cercle vicieux qui explique les nombreuses récidives aussi bien pour les problèmes de dos que de dents. Jean-Marie Landouzy, ostéopathe spécialiste du déséquilibre des articulations de la mâchoire, propose une nouvelle approche basée sur une collaboration étroite entre dentiste et ostéopathe.

D’après ses observations, plus de 30 % des douleurs chroniques, surtout dorsales, sont dues à de minuscules déplacements de la mâchoire ou des dents. Ces déséquilibres peuvent également provoquer des problèmes articulaires avec des craquements de la mâchoire et parfois une diminution gênante de l’ouverture buccale. Des pathologies plus éloignées en apparence sont aussi concernées : douleurs d’oreilles, acouphènes, vertiges, sécheresse de la bouche, migraines, etc.

Nombre de ces patients sont soupçonnés de maladie psychosomatique car le diagnostic est difficile à établir. Il suffit pourtant d’imaginer à quel point la mâchoire est constamment sollicitée au cours d’une journée pour comprendre la prédominance de cette articulation dans le fonctionnement du corps. Parler, manger, déglutir, rire, bâiller, serrer les dents dans l’effort, et même respirer, entraîne un mouvement de ces articulations dites temporo-mandibulaires. Or ces os constamment en action sont liés au reste du squelette, notamment à la colonne vertébrale et ont une incidence non négligeable sur l’équilibre général de la posture.

Influence de la mâchoire sur le reste du corps et inversement

Le squelette doit posséder une architecture parfaitement symétrique de part et d’autre d’une verticale, qui débute au sommet du crâne et se prolonge dans la colonne vertébrale. Cette colonne doit être flexible et résistante pour encaisser les chocs tout en maintenant les membres supérieurs et la tête. Ces deux qualités dépendent de son bon alignement qui lui-même dépend du bon équilibre des articulations inférieures et supérieures (mâchoire).

S’il est aisé d’expliquer un mal de dos par une inégalité de longueur des jambes, il est plus difficile d’admettre qu’un déséquilibre de la mâchoire puisse avoir la même action. Une jambe plus courte que l’autre, une torsion du bassin ou un mauvais appui des pieds perturbent l’équilibre du corps, fragilisent sa résistance à la pesanteur, diminuent sa force. Et la dynamique de ce déséquilibre a des conséquences jusque dans la mâchoire.

Exactement de la même manière, une minuscule épaisseur placée entre les molaires droites d’un sujet bien équilibré crée une perturbation qui se répercute sur l’ensemble du corps. Toute la musculature étant suspendue à l’empilement des os du squelette, une asymétrie de contraction des muscles masticateurs entraîne une réaction en chaîne sur les autres muscles. Si la mandibule dévie vers la gauche, l’épaule et l’omoplate gauches remontent, la rotation cervicale vers la gauche se restreint, le bras droit s’affaiblit, le bassin monte du côté gauche, la flexion antérieure du tronc est limitée, l’équilibre sur le pied gauche est affaibli. Ce type de pathologies nécessite souvent l’intervention complémentaire d’un ostéopathe et d’un dentiste.

Ostéopathe et dentiste, une collaboration fructueuse

  • L’examen ostéopathique
    Il doit commencer par l’observation de la posture et de la mobilité de la colonne vertébrale. L’ostéopathe va dans un premier temps éliminer les déséquilibres permanents comme une différence de longueur des jambes. Un déséquilibre de la mâchoire ne nécessite pas forcément l’intervention d’un dentiste et peut se régler par une simple manipulation. En revanche, en cas de mauvaise occlusion (emboîtement des dents du haut avec celles du bas), un traitement dentaire s’impose et consistera dans un premier temps à poser une gouttière occlusale. Cette plaque de résine vient s’intercaler entre les dents et rétablit ainsi l’équilibre de la mandibule. La correction de l’emboîtement des dents n’est utile qu’après avoir obtenu la disparition des symptômes et la stabilité de l’équilibre général du corps et de la mandibule.
     
  • L’examen dentaire
    Il ne doit pas être simplement orienté vers les caries et leur prévention. Le corps bouge, les dents aussi. Les déplacements de dents liées à des changements de posture, au bruxisme (grincement des dents) ou à une dyspraxie linguale (déglutition anormale) doivent être détectés et traités.

    De préférence, on conseillera l’orthodontie qui consiste justement à corriger les mauvaises positions des dents et des mâchoires afin d’optimiser l’occlusion, c’est-à-dire la manière dont les dents supérieures et inférieures s’emboîtent. L’orthodontie a fait beaucoup de progrès ces dernières années et peut être utilisée de plus en plus tôt. Il ne faut pas hésiter à consulter un chirurgien-dentiste si votre enfant a des dents mal placées. Il vous proposera un traitement, vous orientera vers un confrère orthodontiste si besoin.

    En règle générale, toute reconstitution de dent, amalgame, prothèse fixe ou mobile doit faire l’objet d’un ajustement minutieux. Les anomalies se manifestent immédiatement par des déséquilibres posturaux statiques et dynamiques et la déviation mandibulaire à l’ouverture de la bouche. Au cours des soins, signalez à votre chirurgien-dentiste tout inconfort ou sensation de surépaisseur ou de vide après la pose d’un amalgame ou de prothèses. Il ne faut pas s’y « habituer », on doit retrouver le même confort en bouche qu’avant les soins. De même, les extractions dentaires doivent être compensées rapidement pour conserver un bon équilibre mandibulaire et une mastication efficace.

    La totalité du traitement comprenant des corrections régulières de la colonne vertébrale par ostéopathie et des ajustements de la gouttière par le dentiste pourra s’étaler sur un an. La gouttière doit être réglée immédiatement après le traitement ostéopathique. La correction du corps est prioritaire car si le dentiste réglait la gouttière sur une posture perturbée, il entérinerait par son réglage l’anomalie posturale. 

Souffrez-vous d’un déséquilibre de la mâchoire ?

Placez-vous devant une grande glace, en slip, de manière à voir votre bassin, vos épaules et votre visage.

Comment s’ouvre ma bouche ?

Elle doit s’ouvrir sans aucune déviation et vous devez pouvoir introduire, entre les incisives, l’index, le majeur et l’annulaire superposés, sans douleur ni gêne. Notez si le côté où votre mandibule dévie est le côté d’un éventuel craquement articulaire et si la limitation d’ouverture est douloureuse.

Mon bassin est-il équilibré ?

Regardez si un côté vous semble plus bas que l’autre. Si vous soupçonnez un déséquilibre en rapport avec une différence de longueur des membres inférieurs, placez une cale correspondant au déséquilibre sous le pied de la jambe courte. Puis ouvrez de nouveau la bouche et notez si l’amplitude et la déviation sont modifiées.

Mes épaules sont-elles à la même hauteur ?

Tout déséquilibre de la mandibule retentit sur l’équilibre de la ceinture scapulaire située entre l’omoplate et la clavicule. La hauteur des omoplates est celle qui marque le plus le déséquilibre, mais la hauteur des épaules peut vous donner une indication.

La déglutition salivaire m’est-elle pénible ?

Serrez les dents modérément et avalez votre salive en laissant les dents serrées et les lèvres jointes. Si cet exercice vous est pénible, c’est que votre déglutition salivaire est anormale. Il faudra recommencer jusqu’à déglutir en maintenant cette position dents serrées et lèvres jointes. Après y être arrivé, ouvrez à nouveau la bouche et notez si l’amplitude de votre ouverture buccale s’est améliorée, si la déviation à l’ouverture est la même et si les douleurs s’améliorent ou s’aggravent. Après avoir observé ces éléments qui doivent être traités préalablement à tout traitement dentaire, il faut explorer l’équilibre occlusal qui peut être à l’origine de la maladie.

Mon occlusion est-elle en cause ?

Placez une épaisseur de papier de 2 ou 3 millimètres du côté où la mandibule dévie lors du mouvement d’ouverture. Après avoir serré les dents sur cette cale pendant quelques secondes, ouvrez la bouche et regardez l’amplitude de l’ouverture. Comparez les douleurs ressenties au cours de ce mouvement et la déviation de la mandibule par rapport à celle constatée quelques minutes avant la pose de la cale. Si les symptômes diminuent, l’utilité de la gouttière se confirme et un double travail dentaire et ostéopathique s’impose.

 

Pour en savoir plus

  • Renseignements, coordonnées, écrire à : Société d’étude et de recherches en thérapeutiques, SERET, 310 rue de Solferino, 59000 Lille, 
    ou dysfonctiontm@yahoo.fr - Site : seret-medecine.org
  • À lire : « Mal de dos, mal de dents », de Jean-Marie Landouzy. Éditions Quintessence, 18 euros.