C’est leur dernier mot ?

Pour nous rassurer, les autorités médicales s’emploient à choisir leurs mots avec soin. Ainsi, une expression revient régulièrement flatter nos oreilles. Au sujet de l’anti-inflammatoire Nexen, l’anti-acnéique Roaccutane (isotrétinoïne) ou du Protelos (ranélate de strontium), l’ANSM demande aux praticiens que leur prescription repose « sur une évaluation individuelle de l’ensemble des risques pour chaque patient ».

Par cette formule, soyons reconnaissants à l’agence de mettre le doigt là où ça fait mal. Et saluons cet effort qui fait montre d’un certain respect du patient, de son intégrité physique, ou plutôt métabolique, et oblige les médecins à privilégier l’écoute de leur patient, à le questionner sur leurs antécédents et veiller à leur prescrire un médicament en parfaite connaissance de cause. Osons même le mot : saluons l’ANSM pour l’effort qui est le sien de pousser les médecins à prodiguer des traitements… sur mesure. Car cette approche individualisée n’est pas vraiment le point fort de la médecine allopathique ! La balance bénéfice-risque serait-elle, enfin, en train de peser en la faveur du patient ?

Mmmm… À ceux qui croiraient encore au père Noël, rappelons qu’il ne passe pas au mois de novembre. Car avant que l’ANSM n’ose – dans un excès d’autorité presque théâtrale – redire aux praticiens que si leur caducée est surmonté d’un miroir, c’est pour leur rappeler la prudence nécessaire à toute personne exerçant la médecine, leur rappeler que la prescription d’un médicament n’est pas chose anodine ou automatique, que derrière un patient ne se cache pas un client mais bien un être humain en souffrance, il en aura fallu des rebondissements… et le mot est pudique.

Reprenons les exemples du Nexen, du Roaccutane et du Protelos, dont la prescription est appelée des vœux de l’ANSM à suivre « l’évaluation individuelle de l’ensemble des risques pour chaque patient ». Combien d’effets secondaires ? Combien de souffrances imposées à ceux considérés comme des « quantités négligeables » ? Combien de rapports de l’ANSM visant à défendre les médicaments incriminés… avant que l’Agence n’admette enfin que le Roaccutane peut provoquer de graves malformations du fœtus, sans parler des risques de dépression et de conduite suicidaire. Si le Nexen a fini par être retiré du marché en 2011, combien de foies auront trinqué dans des épisodes de complications aiguës avant que l’Agence du médicament ne décide de franchir le cap ? Quant au Protelos, nous vous laissons le soin de découvrir cet article, concernant les « rebondissements » toujours en cours.

Ainsi, lorsqu’une des plus grandes institutions de la santé en France prône le traitement « sur mesure », ou qu’il incite du moins à faire du cas par cas, ce n’est qu’en désespoir de cause. L’ANSM n’appelle à la plus grande vigilance que lorsque le médicament est sur la sellette, que lorsqu’il s’agit de sauver les meubles et de faire bonne figure auprès de l’opinion publique – histoire de ne pas devoir changer de nom une fois de plus. Car, rappelons-le, l’AFSSAPS n’est devenue l’ANSM qu’après le scandale du Mediator. Quel nom portera-t-il après le Protelos ?