Interview du Dr Bernard Dalbergue : Deuxième partie

Nous vous avons livré, il y a quelques jours, les premiers éléments de l'interview du Dr Dalbergue sur le plus grand scandale sanitaire de tous les temps avec le Gardasil. Suivez ce lien pour lire la dernière partie de cette interview. 

 

Que vous inspire le fait qu’un vaccin comme le Gardasil ait obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en neuf mois au lieu des dix ans souvent requis ?

Moi ça ne me fait rien du tout. Cette séquence n’est pas très importante pour moi. Les faits sont qu’au moment de l’enregistrement rapide de ce médicament aux États-Unis et en Europe, la totalité des données n’était pas connue. Deuxième point, aujourd’hui que tout est bouclé, que toutes les données scientifiques sont publiées et donc connues, quelques années après sa commercialisation, que sait-on ? En médecine, il n’y a pas trente-six façons d’évaluer un médicament. Soit on prend toutes les personnes concernées par l’étude du médicament, donc c’est colossal, et on étudie les données à la fin pour évaluer l’efficacité du médicament – on appelle ça « l’intention de traiter » –, soit on utilise le « per-protocole » qui consiste à ne prendre qu’une sous-population, un sous-groupe à l’intérieur des patients randomisés et on étudie et analyse avec cette toute petite partie, les données. Inutile d’être un ponte pour comprendre que c’est l’intention de traiter qui est la manière la plus scientifique d’évaluer l’efficacité d’un médicament ou d’un vaccin. Dans le cas du Gardasil, comme les études n’étaient pas terminées, le labo ne s’est contenté que du per-protocole, il ne s’est penché sur un sous-groupe, le per-protocole des patients randomisés pour évaluer l’efficacité du vaccin. Les chercheurs ont étudié l’efficacité du vaccin sur les personnes qui étaient traités pour les deux gros génotypes du HPV et ont observé qui étaient contaminé après injection. Sur une population si ciblée et si restreinte, ils ont observé 100 % d’efficacité. Encore heureux ! Mais quelle malhonnêteté. Ces deux souches ne représentent pas 100 % des cas de HPV. Certains disent qu’ils représentent tout de même 70 %. Oui mais c’est plus compliqué. Les associations entre les souches compliquent les résultats, c’est un point, et surtout, ces sous-groupes qui affichent 100 % d’efficacité du Gardasil ne correspondent pas du tout à la réalité du quotidien des femmes et des jeunes femmes. En l’occurrence, ce per-protocole était celui de jeunes filles dont on était sûr qu’elles n’avaient jamais eu de rapports sexuels et qui n’étaient en aucune manière contaminé par papillomavirus. Hors, dans l’intention de traiter, il y a tout le monde, toutes les composantes de la patientèle : des femmes qui ont eu des rapports sexuels, des femmes qui ont déjà été contaminé par une ou plusieurs souches de HPV. Dans l’honnêteté intellectuelle la plus absolue, et disons, celle qui doit prévaloir dans le cas d’un lancement de médicament, et étudiant comme il se doit les données, le Gardasil, en réalité, c’est 18,5 % d’efficacité. Et ce pourcentage ne concerne que la dysplasie, sur les lésions précancéreuses. Certes la lésion précanréreuse peut évoluer vers un cancer, mais ce n’est que dans 10 % des cas. Si on fait bien le calcul, 18 % d’efficacité d’un vaccin sur 10 % de risque de développer un cancer, je vais être gentil, le Gardasil n’a que 2 à 3 % d’efficacité pour se protéger du cancer !

Revenons sur ces neuf mois. Neuf mois pour une obtenir une AMM, avec des données scientifiques si minces, alors que l’on peut mettre en doute l’urgence – puisqu’il ne s’agit pas ici de pandémie bactérienne à traiter de toute urgence –… ça dit quoi ?

C’est très compliqué. Il y a beaucoup de gens qui se sont penchés sur le sujet du Gardasil pour expliquer le plus honnêtement possible que ce vaccin est une sacrée fumisterie – ce que nous appelons dans notre milieu un « conte de fées médical » – parce que c’est un conte de fée ! Pourquoi ? Dans le cadre d’une vaccination, il faut observer deux choses : le bénéfice et le risque à l’échelle individuelle et global. C’est comme ça qu’on mesure, c’est aussi simple que ça. On a vu qu’à l’échelle individuelle, le Gardasil ne marchait pas. Mais il peut toujours exister un sous-groupe sur lequel ça peut fonctionner. On l’a vu, si des jeunes filles n’ont jamais eu de rapports sexuels, qu’elles ont bien eu leurs trois injections et qu’elles sont exposées aux deux souches du Gardasil, ok, ça pourra avoir un avantage individuel, mais dans la vraie vie ce n’est pas comme ça… Pourquoi il a obtenu aussi vite son AMM ? Il y a un eu gros raout autour du vaccin. Il y a eu un prix Nobel de médecine pour la découverte du virus oncogène dans le cancer du col de l’utérus. Du coup, cette question a été définie comme priorité mondiale, l’OMS s’est emparé du sujet, du coup, quand quelqu’un arrive en beuglant qu’il a quelque chose, que cette chose est vendue comme le premier vaccin « anti-cancer », forcément que ça émeut et que ça focalise l’attention. Ce n’est pas la même chose d’arriver sur le marché avec un nouvel antibiotique ou un nouvel anti-hypertenseur et de débouler avec un vaccin anti-cancer ! Si je me faisais l’avocat du diable, en desserrant un peu les verrous, le Gardasil pourrait être estimé efficace à 30 %. C’est toujours aussi inefficace pour stopper une épidémie puisque dans ce cadre, il faut 90 % d’efficacité et 90 % de population vaccinée. Ce que je pense, c’est que très simplement, et aussi bêtement que ça, le Gardasil a obtenu des AMM à travers le monde, pas qu’en France, très rapidement parce que les politiques, les médecins, les gens ont voulu y croire, parce que c’est tellement beau l’idée de pouvoir tordre le cou à un cancer grâce à un vaccin…

 

C’est d’ailleurs ce que vous écrivez dans votre livre, « les médicaments, c’est avant tout une croyance »…

Oui, oui, c’est une croyance avant d’être une science. Comment expliquez-vous qu’en Chine on soigne encore une population qui n’est pas plus à l’abri que nous face à des maladies sans médicaments ? Même si les choses changent là-bas, et qu’ils cèdent à la tentation de nos molécules chimiques, ça fait 3 000 ans qu’ils ont une pharmacopée naturelle, et des moyens totalement différents des nôtres pour soigner.

Bon… pour revenir sur votre livre, vous avez passé 20 ans dans les laboratoires pharmaceutiques, comme médecin supervisiteur médical qui était chargé de séduire les pontes des CHU et autres KOL (key opinion leader, les leaders d’opinion clefs). Vous justifiez de révéler vos pratiques et celles de votre laboratoire par le fait d’une dégradation des « pratiques douteuses » depuis ces dix dernières années. Qu’est-ce qui c’est si dégradé dans la pratique des laboratoires ?

Les laboratoires ont tous été soumis aux mêmes problématiques, qui sont d’ordre financier : l’apparition des génériques, la fin des brevets, la difficulté de trouver de nouvelles molécules issu de la chimie pure. À ce titre, rendons à César ce qui appartient à César, l’exemple du Gardasil est emblématique, parce que ce vaccin est une véritable prouesse scientifique avec les réplicons et le génie génétique. Faire un vaccin qui réplique le véritable virus sans en être un, c’est une véritable prouesse scientifique.

Oui mais qu’est-ce qu’il s’est passé dans les labos au point que cela vous choque au bout de 20 ans d’exercice dans les labos ?

Ce qui me choque, c’est qu’après avoir travaillé avec trois groupes industriels en 20 ans, je n’ai jamais été confronté à des pratiques pareilles et que j’ai d’abord commencé par les voir de l’extérieur puisque l’affaire du Vioxx avait éclaté aux États-Unis que nous avons été profondément été marqué par elle en nous disant que jamais ça n’arrivera en France. Il y a eu surtout Marcia Angell, qui après avoir dirigé le « New England Journal of Medecine » – une des revues médicales les plus prestigieuses au monde – a claqué la porte après avoir dénoncé les manipulations multiples de la recherche clinique et médicale et le contrôle de l’information médicale par l’industrie pharmaceutique. En clair, que les manuscrits censés être objectifs, indépendants et faire autorité étaient directement rédigés par les industriels que des auteurs prestigieux signaient sans mêmes les avoir ne serait-ce que lus…

 

… Ce n’était pas le cas avant ?

(…) Je pense que ça a toujours été le cas. Mais la différence c’est qu’aujourd’hui il y a énormément plus d’enjeux industriels. Avant, s’il y avait dix molécules présentées, que huit passaient à la trappe pour toutes les bonnes raisons scientifiques et de santé publique, mais que les deux restantes étaient validées, bétonnées, et se vendaient bien, à bon prix et longtemps, ce n’était pas très grave pour les industriels. Aujourd’hui, c’est totalement différent. Non seulement si huit tombent, les industriels ne sont pas sûrs de rentabiliser leurs études avec les deux molécules restantes, mais pire, il n’est pas dit que les deux restantes pourront être enregistrées. Et surtout, développer des molécules coûte excessivement plus cher qu’il y a 20 ou 30 ans. Les réglementations dans les pays occidentaux se sont tellement durcies que les industriels développent leurs produits dans des pays émergeants parce que les réglementations et les contraintes sont moins lourdes. Voilà pourquoi la situation s’est considérablement plus dégradées, voilà pourquoi nous sommes dans une situation de tension telle qu’elle permet toutes les dérives.

 

Si vous deviez résumer les grandes lignes de ces dérives, quels axes pourriez-vous nous donner ? Et deuxième question liée : jusqu’où ce pourrait-il aller ?

Pour les grandes lignes, je vais faire un parallèle osé avec la voiture et les limitations de vitesse. Dans les années 50 ou 60, il n’y avait pas de limitations de vitesse. C’était l’âge d’or de la voiture, il y avait même des recommandations de lever le pied sur les nationales, je dis bien les nationales, à 110 ou 120 km/h. Ensuite la circulation s’est intensifiée largement, la prise de conscience que la voiture tuait a marqué les esprits (avant la route tuait 15 000 individus par an et tout le monde s’en foutait), l’écologie a alerté et éveillé les esprits sur un nouvel aspect rédhibitoire de la voiture, en l’occurrence sa pollution et, finalement dans toute l’Europe, s’est développée une politique de répression de la vitesse. Pour le médicament c’est exactement la même chose. Pendant de longues décennies, l’industrie pharmaceutique a connu une liberté absolue marquée par des prouesses technologiques et le développement de médicaments innovants. Tout le monde semble oublier aujourd’hui que dans les années 60, on assistait à une hécatombe liée à l’hypertension artérielle et les AVC non traités qui leur été liés. Et puis sont arrivés sur le marché des anti-hypertenseurs de qualité et bien tolérés et la mortalité a chuté d’un facteur énorme. On arrive donc a une situation aujourd’hui de ralentissement de l’innovation scientifique, on en trouve de moins en moins. Et il y a des facteurs qui sont très rarement cités dans la grande presse, c’est celui de la mortalité iatrogène, liée comme vous le savez à la prise médicamenteuse. C’est le facteur de mortalité qui a fait tomber l’automobile dans la répression la plus complète avec des succès certains puisque la mortalité liée à l’automobile a considérablement chuté en France ;  c’est ce facteur qui tombera sur l’industrie pharmaceutique parce que 18 000 à 30 000 morts en France liés à la prise de médicaments ce n’est pas glorieux, et les quelque 200 000 reconnus par la Commission européenne, ça fait froid dans le dos.

Vous dire jusqu’où ça ira… je ne peux pas, je ne suis pas Nostradamus, mais dans la situation actuelle, quand la Commission européenne reconnaît, malgré la pression des lobbies, 200 000 morts parce des personnes malades prennent des médicaments, c’est clair, ça ne peux plus tenir. Ça va devenir intolérable. Les patients vont se révolter, des groupes de pressions vont s’organiser pour aboutir à ce que des mesures soient prises pour limiter la mortalité liée au médicament. On me rétorquera qu’il ya des milliers de médicaments dans le Vidal, que « Prescrire » n’en pointe qu’une soixantaine dangereux, ce n’est pas la mer à boire. Oui, mais sauf que dans la pratique, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Un médecin n’utilise pas 1 000 médicaments. Quand c’est un excellent médecin, il en utilise peut-être 300 maximum. Donc si on rapporte 60 médicaments dangereux, à retirer sur le champ, sur 300, déjà ça fait beaucoup plus de risque. Et si on rentre vraiment dans le détail qu’on étudie la balance bénéfice-risque de médicaments nouveaux pour des pathologies contre lesquelles on avait coutume d’utiliser des médicaments plus anciens que l’on connaît bien, on peut être effrayé. Parce qu’il ne faut pas se mentir. Ce ne sont pas des études cliniques qui vont nous permettre de bien évaluer la balance bénéfice-risque et savoir ainsi si un médicament est dangereux. Il faut que les choses soient très claires : c’est dix ans de prescriptions minimum. C’est comme ça que l’on sait si un médicament est dangereux ou non…

 

Donc, on est tous cobayes et pendant longtemps ?

Non, je ne dirais pas ça comme ça. C’est une question de probabilité, et je reviens au parallèle avec la voiture. Ce n’est pas parce que vous avez acheté une voiture que vous allez forcément mourir dedans après un accident. On a tous une 1 chance sur 100 000 ou 200 000 disons de mourir en prenant la voiture. Ce n’est pas grand-chose, mais elle existe. Ce n’est pas suffisant pour identifier les risques ? Le médicament c’est la même chose. À cette différence près que lorsqu’on développe des études cliniques, un labo compte sur quel panel ? 30 000 ? 40 000 grand maximum ? Ce n’est pas suffisant pour évaluer sérieusement les cas d’effets indésirables graves. Pour estimer à sa juste valeur la dangerosité d’un médoc, il faut des millions de prescriptions. Ça se passe en médecine de ville, pendant des années et des années. Et regardez le cas Motilium, c’est l’exemple typique. Commencent à émerger à présent des cas de morts subites au bout de nombreuses années de prescriptions. Il a fallu près de trois millions de prescriptions à travers de nombreux pays pour se rendre compte qu’il pouvait être la cause d’arythmies fatales.

 

Je n’ai toujours pas mon résumé des risques… Vous avez cité les génériques, les problèmes de brevet qui, en filigrane, ne protégeait plus assez longtemps les molécules et les RD pour les obtenir…

Je vais être clair, il est de plus en plus difficile, en mettant la même somme sur la table, d’obtenir un médicament qui rapporte autant…

Donc il faut que les études aboutissent coûte que coûte.

Il faut que la molécule passe à tous les coups ! Voilà ce que ça veut dire !

 

La suite de l'interview la semaine prochaine...