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Interview du Dr Bernard Dalbergue : « Le Gardasil sera le plus grand scandale sanitaire de tous les temps »

Médecin (peu de temps) en hôpital, Bernard Dalbergue s’est vite laissé séduire par le confort des laboratoires pharmaceutiques. Moins de cris, de douleurs, de mort. Les costumes, les belles voitures, l’argent, les malversations coulent à flot. Jusqu’au moment où sa conscience semble s’être réveillée et qu’il a balancé toutes les manœuvres dans un livre, « Omerta dans les labos pharmaceutiques : confessions d'un médecin » (Flammarion, 300 p., 19 euros).

On va prendre le temps de creuser les questions, mais après avoir écrit un tel livre, c’est quoi l’avenir d’un médecin « supervendeur » de médicaments pour un labo, quand il balance sur ses pratiques ? On est « grillé » non ?

Vous croyez ? Non, non, j’ai été contacté par des chasseurs de tête. Des laboratoires qui ont connu des heures sombres comme Ellie Lilly cherchent à assainir leur image par de parfaites pratiques professionnelles. Sans rien dévoiler de ce que sera mon avenir – d’ailleurs, je ne le connais pas et ne suis pas certain de vouloir rempiler dans la vente de médicaments –, je suis rassuré d’avoir ce genre de contacts. Mais ça ne m’étonne pas. Un de mes engagements depuis le début de cette aventure, c’est de dire et répéter qu’il n’y a qu’une minorité de laboratoires qui sont de vrais moutons noirs. Quand on gravite dans ce milieu, petit où tout se dit et se sait, les infos circulent. Je n’ai pas travaillé avec tous les labos non plus, il y a toujours de l’espace pour le doute. Mais depuis 20 ans que je travaille, c’est toujours les mêmes noms qui reviennent.

 

Ah oui… lesquels ?

C’est à la justice de faire son boulot. Pour ma part, je parle de ce que je sais, vu, vécu. Et j’ai donc pointé du doigt mon ancien employeur parce qu’ils étaient déjà connus pour des problèmes et qu’ils continuent toujours maintenant, et je pense que rien ne les empêchera de continuer.

 

Il est d’ailleurs étonnant que vous ne le citiez jamais dans votre livre. Vous parlez bien du Subutex, et on sait qu’il s’agit de Merck, mais vous ne l’écrivez pas, pourquoi ?

Ce qui est important, c’est de mettre à la disposition du grand public les pratiques d’un laboratoire. Mon objectif n’est pas que la justice poursuive Merck en particulier, même si c’est de ce laboratoire qu’il s’agit, mais de pointer une évolution du milieu pharmaceutique, décrire mes vingt années dans ce monde où il y avait, pour faire simple, un âge d’or où tout allait bien, où il était facile de vendre et d’enregistrer des médicaments, et une période beaucoup plus tendue pour différentes raisons et pointer les dérives qui sont apparues et accentuées durant ces dix dernières années. Certains labos se sont fait piéger et ont dû payer des indemnités colossales aux Etats-Unis. Et étonnamment, en France, aucun laboratoire n’a été poursuivi exception faite de Servier. Aucun.

Comment l’expliquez-vous ?

C’est simple : par la collusion entre certains laboratoires et les pouvoirs publics. C’est une rumeur, mais tellement tenace : Sanofi alimenterait les caisses noires de l’Elysée et de certains partis. Prenez le cas Cahuzac, vous pensez vraiment que ce n’est que pour 600 000 € qu’on l’emmerderait ? Pour ce prix-là, les banquiers suisses n’assurent même pas le secret bancaire contre la pression exercée par un gouvernement qui souhaite des informations. Ils le font pour un minimum de 10 millions d’€.

 

Alors rumeurs mises à part, vous êtes en train de dire qu’il y a beaucoup plus de collusions entre pouvoir public et laboratoires en France qu’aux Etats-Unis ?

Ah oui, c’est une certitude. Attention, je ne dis pas que les États-Unis sont le paradis de l’honnêteté et financière et intellectuelle. Il ne faut pas rêver non plus. Mais j’ai remarqué qu’outre-Atlantique, ces histoires obscures de collusions finissent toujours pas sortir dans la presse notamment, et ça fait toujours très mal.

 

Prenons un cas concret, que vous inspire de lire dernièrement dans la presse que contre l’autisme, l’usage d’anti-diurétique pourrait s’avérer très avantageux ?

Dans quel sens posez-vous cette question ?

Est-ce que ce n’est pas là, l’exemple d’un détournement thérapeutique avec l’appui des médias ?

Je vais répondre en une phrase : les antidiurétiques ne sont plus protégés par des brevets, dont il n’y aura aucun développement…

Et il faut donc tout mettre en œuvre pour en assurer la pérennité commerciale…

Exactement.

Ce livre que vous sortez, c’est quoi ? Un pavé dans la mare ? Un brûlot ? Un simple témoignage de pratiques sordides ?

C’est beaucoup plus qu’un simple témoignage, ça c’est sûr. Mon objectif final c’est de démontrer que le fonctionnement du médicament dans le sens très large ouvre la porte d’une certaine forme d’une dictature. Qu’est-ce que la dictature ? C’est un pouvoir exercé par un petit cercle – on croit toujours que c’est une personne mais ce n’est pas possible ; la dictature peut être incarnée par une seule personne, mais le pouvoir est exercé par plusieurs. Il y a toujours un noyau pour appuyer le chef. L’industrie du médicament peut devenir ça. Pourquoi ? Parce que la chaîne – depuis la naissance de la molécule jusqu’à, éventuellement, la répression – est entre les mains d’un tout petit cercle, qui ne souffre aucun contrôle, qui œuvre dans la plus totale opacité et qui génère des montagnes d’argent. Il existe des industriels honnêtes, je l’ai dit. Mais ceux-là sont soit, naturellement honnêtes, soit – et c’est plus fréquent – se rachètent une conduite après avoir payé des dizaines voire des centaines de millions de dollars d’amende. Si vous tombez sur des malfrats qui jouissent qui plus est de l’appui des politiques, là, on est dans ce qui s’apparente à une dictature.

 

C’est plutôt le portrait-robot de la mafia… mais admettons. Donc vous dénoncez une dictature du médicament avec ce livre…

Oui, appelons un chat un chat. Ce n’est pas une dictature générale, je reviens sur ce que j’ai dit, il n’y a que quelques moutons noirs. Mais la porte est ouverte pour cette dérive, le système permet qu’il croisse, je dirais presque en toute impunité. Chaque étape du médicament est propice pour développer cette dérive. Le développement d’un médicament est assuré par les industriels et ils arrosent toute la chaîne du médicament. À tous les maillons de la chaîne, l'industrie pharmaceutique est incontournable : financement de l’ex-Afssap, l’ANSM (grâce à une taxe prélevée sur les labos et aux redevances), financement d’associations de malades – de mémoire, c’était quelque chose comme 5 millions d'€ en 2009) –, financement de la formation continue des médecins, des congrès, de la presse médicale (comme l'un des plus influents, « Le Quotidien du Médecin », financé à 60 % par la publicité), financement des campagnes de sensibilisation et j’en passe. Les laboratoires arrosent tout le monde !

 

Retrouvez la suite de l'interview la semaine prochaine sur le site principes-de-sante.com