La nocivité du Teflon enfin dénoncée

Après le bisphénol A, le Réseau environnement santé (RES) dénonce les risques du PFOA pour la santé. Le chimiste DuPont, utilisateur de cette substance pour le Teflon de ses poêles  en a annoncé le retrait. À quand l’aveu de nos autorités de santé.


 

Le 6 octobre 2009, le chimiste DuPont s’est engagé à mettre un terme à l’utilisation de PFOA (acide perfluorooctanoïque) pour fabriquer le revêtement antiadhésif Teflon présent dans ses poêles et autres ustensiles de cuisine. Si cette substance a grandement facilité le travail de la ménagère, elle émet quand on la chauffe, à cause du PFOA, des produits toxiques. Une toxicité qui a alerté le Réseau environnement santé (RES). Pourtant officiellement, « le risque pour la santé est négligeable » a conclu récemment l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA).

Qu’est-ce qui a pu alors inciter la société DuPont à supprimer le PFOA de son produit vedette ? La société est en fait aux premières loges pour constater ses effets néfastes. D’ailleurs, son commentaire résonne comme un aveu : « La présence de PFOA en très faible quantité dans le sang de la population générale soulève des questions. » Aux États-Unis cela fait près de quarante ans que des associations dénoncent les problèmes engendrés par cette substance.

Le PFOA fait en effet partie d’une famille de produits organiques persistants, les perfluorés. Il a été associé à une augmentation du taux de cholestérol, mais aussi une hausse du nombre de cancer de la prostate en milieu professionnel. Des études sur l’animal ont montré des effets neurologiques, des atteintes du système immunitaire. Enfin, dernièrement, une étude américano-danoise a constaté un impact sur la qualité du sperme. Ainsi chez des hommes jeunes imprégnés, le nombre de spermatozoïdes est de 6,2 millions en moyenne contre 15,5 millions pour les autres. En dessous de 6,2 millions, on parle de stérilité. Pour toutes ces raisons, le RES a demandé l’interdiction généralisée du PFOA.

Les conséquences sont d’autant plus importantes que cette substance est aussi utilisée dans de nombreux produits – emballages pour pizzas, moquettes antitaches, textiles du type Gore-Tex – on la retrouve donc dans l’environnement quand ces produits se dégradent. Elle a été détectée dans 97 % des échantillons prélevés dans plus de cent rivières au niveau européen. « Or l’AFSSA n’a pris en compte que les sources d’exposition des poêles téflonées », dénonce le RES. Par ailleurs, seul le PFOA a été étudié. « Aujourd’hui, on sait qu’il existe des interactions également toxiques avec d’autres composants perfluorés, comme le PFOS », poursuit l’association.

Tout comme l’a déjà montré l’exemple du bisphénol A, la question du PFOA souligne la défaillance de nos méthodes d’analyse de toxicité. Mais les choses vont peut-être changer. L’AFFSSA vient de se déclarer favorable à la réouverture de l’expertise sur le bisphénol A et promet de revoir son approche pour le PFOA. La suite nous dira si c’est pour gagner du temps… ou si Dupont a bien fait de changer son mode de fabrication.