Quand le sucre entre (un peu plus) dans les écoles

Les lobbyistes de l’agroalimentaire n’ont vraiment aucune limite. L’industrie du sucre vient de signer un accord-cadre avec le ministère de l’Éducation nationale pour enseigner à nos enfants à bien manger (du sucre ?). Cet accord n’a pas fini d’enflammer le débat sur les pratiques déguisées des industriels.

La polémique gronde sur l’internet depuis que, le 12 février dernier à l’Assemblée nationale, Laurence Abeille a interpellé Vincent Peillon sur l’accord-cadre de coopération conclu entre le ministère de l’Éducation et le Centre d’études et de documentation du sucre (CEDUS), bras armé du secteur sucre-bettrave-canne.

L’article 2 du contrat, signé, lui, le 29 octobre, prévoit que le CEDUS participera à « l’Éducation nutritionnelle, à la prévention du surpoids et de l’obésité chez les enfants » mais encore selon l’article 7, à « l’élaboration et la diffusion des ressources pédagogiques ». La députée d’Europe Écologie Les Verts a rappelé que « le CEDUS ne saurait être objectif puisque le seul rôle d’un lobby est de défendre ses propres intérêts et, en l’espèce, au mépris des besoins nutritionnels des enfants ». Étonnée la députée, à juste titre, de voir que l’une des tâches prévues par le Programme national nutrition santé (PNNS), lancé en 2001 pour enrayer l’obésité chez l’enfant, soit laissée en partie aux mains du lobby. Le ministre, lui, a répondu faire confiance à l’organisme du PNNS pour contrôler et valider du sceau « manger bouger » les futurs contenus pédagogiques que le CEDUS mettra à la disposition des enfants. Ce ne serait pourtant pas la première fois qu’un ministre se fait berner par l’entreprise de désinformation du CEDUS. Déjà, en 2012, dans le cadre du Programme national pour l’alimentation (PNA), l’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire avait labellisé « bien manger, c’est l’affaire de tous » un clip pédagogique destiné aux enfants et réalisé par le lobby dans lequel les appels détournés à la consommation de sucre étaient assez éloquents.

Dans le domaine de la nutrition, le CEDUS s’est imposé depuis longtemps en France avec sa « Semaine du goût » ou en organisant le « championnat de France du dessert » (le plus dégoulinant de sucre, bien sûr !). Mais surtout il est devenu maître dans l’art de la désinformation sur les méfaits du sucre (cinq pâtes de fruits et légumes par jour, ça ne peut pas faire de mal !). Minimiser les effets du sucre sur la santé, alors que nous savons quel rôle délétère il joue sur notre organisme (cf. dossier Principes de Santé n° 54, p. 7), est d’une telle mauvaise foi que cela fait froid dans le dos. Ces contenus documentés par le CEDUS sont à lire sur les sites dédiés au sucre (lesucre.com ou www.sucre-info.com) sous couvert de fournir à l’internaute (et maintenant aux enfants des écoles) « une analyse scientifique » sur la santé.

 

Le renard dans le poulailler

Le CEDUS se défend en expliquant suivre les dispositions du PNNS lorsqu’il fournit des documents destinés aux enfants et de « n’avoir ni la mission ni l’ambition d’éduquer à la nutrition » mais de « promouvoir une alimentation équilibrée sans diaboliser le sucre ou les produits sucrés et sans inciter à des consommations excessives ». Ce n’est pas ce que laisse présager la lecture du site lesucre.com, mis à disposition de l’Éducation nationale. Dans un article dédié à l’obésité, le CEDUS préconise aux parents « d’apprendre aux enfants à consommer et à déguster les aliments denses en énergie (entendez le sucre) et hautement “palatables”, sans les interdire » et ajoute qu’il vaut mieux éviter « de focaliser l’enfant sur la question du surpoids » et « les attitudes culpabilisantes ». Ben voyons  ! Que de bons conseils donnés aux enfants par le CEDUS dans un pays où la consommation de sucre a quintuplé en 150 ans et où la surcharge pondérale touche 18,4 % des enfants de 7 à 9 ans, selon l’INVS en 2007. Nous voilà maintenant rassurés de pouvoir compter le lobby du sucre parmi les éducateurs à la nutrition dans les écoles pendant les cinq années de validité du contrat conclu avec le ministère de l’Éducation nationale.